« Petit à petit,
l’oiseau fait son nid ». Cette maxime, Sidy Talla alias Diss l’a faite
sienne. Cet ingénieur de son, directeur du label Dëbëdaxé Productions s’est
fait tout seul. Tout au long de sa vie, armé de courage et d’une envie de
réussir dans sa passion, il a fini par atteindre son objectif : aider les
jeunes artistes à sortir de l’ombre. Mais que le chemin fut tortueux et parsemé
d’embûches.
Pour connaitre l’entêtement qui anime
l’artiste Diss (Sidy en verlan), il faut remonter à sa tendre jeunesse. Sidy
Talla est un personnage qui s’est construit tout seul. Né d’une famille partagée
entre journalistes et artistes (il est le jeune frère de Thierno Talla, Fou
malade,etc), il devra très tôt prendre sa vie en main. Ayant perdu l’affection
d’un père à l’âge de trois ans, il grandit sous la coupe d’une mère aimante
qu’il appelle affectueusement Néné et d’un grand frère protecteur.
Bercé très tôt par les
notes de rap de ses frères, Sidy se passionne rapidement pour la musique.
Pourtant, il se retrouve face au veto d’un ainé ayant pris la place du père et
qui voyait en lui un futur cadre de société. En bon hal pulaar respectueux du droit d’ainesse, il se plie à la décision
de son tuteur, non sans continuer, en cachette, à vivre sa passion pour la
musique. Une persévérance qui finit par payer car Diss vit aujourd’hui de sa
profession de technicien en Telecom mais aussi de sa passion pour la musique.
De ses rencontres, il faudra retenir Bamba Dramé et Lahad Guèye, camarades de
classe au lycée Maurice Delafosse, avec qui il crée, en 2007, un groupe de rap
dénommé Dëbëdaxé Crew, signifiant
littéralement bricolage. Un nom qui sied parfaitement au personnage, tant
l’homme a toujours aimé tout ce qui est bricolage. Un bac technique en poche,
il suit des études supérieures en télécommunication, s’exerçant parallèlement à
l’ingénierie du son. Mais l’enfant avait déjà, très tôt commencé à flirter avec
le montage photo et audio en compagnie de professionnels du quotidien
appartenant à son frère.
Le jeune garçon en veut
toujours plus. La mise toujours correcte, aux antipodes de ces rappeurs qui
calquent l’habillement des stars du show business américain, Sidy veut se faire
un nom dans le milieu du Hip Hop. Une mission pas vraiment aisée car l’artiste
est dans l’ombre de son frère Malal Talla (Fou malade), star du rap au Sénégal.
Armé de courage et de patience, Diss finit par laisser la chanson pour se
consacrer à la production musicale, créant son label 2bëdaxé Music. La patience et le courage sont, en effet, les
vertus sur lesquelles il se fonde pour arriver à ses fins. «Mon plus grand défaut est que je suis têtu.
Quand je m’engage dans quelque chose, je ne lâche pas quels que soient les
risques », a-t-il l’habitude de dire. Un défaut que beaucoup considèrent
comme sa principale qualité. « Il
croit en lui et fait tout pour atteindre ses objectifs », dira un de
ses fidèles amis. D’un abord facile, Sidy est un très grand rieur. Plaisantin à
souhait, distrait par moment, il peut même agacer, tant il refuse d’être
sérieux quand on l’attend de lui. Cheveux grisonnants comme pour témoigner de
la souffrance endurée pour arriver à ce stade, le ventre bedonnant qu’il porte,
trahit des soins particuliers apportés par son épouse. Cette dernière constitue
une source d’équilibre retrouvé pour l’artiste. Sidy est attaché à sa femme
Sarah comme à la prunelle de ses yeux. Même si l’attachement chez lui est une
seconde nature. Il n’hésite pas à s’ouvrir aux autres, à leur faire confiance,
une attitude qui lui joue souvent des tours.
Entre carrière
professionnelle, passion musicale et ménage, Diss a su organiser sa vie pour ne
laisser aucun pan de sa vie en retrait. A 30 ans, âge de la maturité,
le jeune homme, du haut de son mètre quatre-vingt cinq, essaie tant bien que
mal de rester fidèle à son leitmotiv : « Raam soga dokh » ou
« petit à petit, l’oiseau fait son nid ». Ce crédo fait référence à
ses débuts où, dans une chambre mal éclairée avec, pour seul matériel, un ordinateur, il a construit patiemment son
projet, pour aboutir, aujourd’hui à un studio d’enregistrement haut de gamme
situé à Ouest-Foire. Il y encadre de jeunes rappeurs et autres musiciens pas encore connu, leur donnant une chance qu’il n’a pas eu à ses débuts. Le
label 2bëdaxé a ainsi contribué à la production
d’une mixtape intitulé W.A.R, en
collaboration avec Wakh’Art en 2014.
Et en ce début d’année 2016, Diss sort Diss-Connexion, une Beat Tape (un album entier d'instrus), qu'il compte lancer ce Vendredi 18 Mars au Little Buddha. Un petit pas vers la
longue marche du succès qui attend cet artiste persévérant et talentueux.
La biographie est complète. Rien à ajouter. Bon vent à Diss bagass. De la chambre d'université au studio high-tech.
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